Dernièrement, j'ai pensé fermer ce blog, puisque je n'ai publié aucun message durant les 6 derniers mois. Faute de temps évidemment, mais sûrement pas par manque de trucs à raconter. Finalement, toujours par manque de temps, je ne l'ai pas fermé et aujourd'hui, je me dis que c'est parfait ainsi. J'ai comme besoin de parler. Ça va être long, armez-vous de patience. En plus ce n’est même pas un texte drôle. Dans le fond vous pouvez lire là, mais n'ayez pas d'attentes. Et ne regardez pas les fautes. Trop fatiguée pour me relir-e
Alors.....
Après une année scolaire bien chargée l'année dernière et un déménagement, l'été a filé à vive allure et avant que je m'en rende compte, une autre année scolaire débutait. Cette année, j'ai eu la chance de me faire offrir un poste permanent à la commission scolaire pour laquelle je travaille depuis 3 ans. Une chance peu commune, quand on sait que la moyenne pour une permanence en enseignement dans ma région est d'à peu près 8 ans, sinon plus. Donc, j'étais remplie de gratitude et tout le tralala qu'on est supposé ressentir dans de tels moments.
J'aurais dû me dire que je le méritais, mais comme je suis un peu mal faite pour ces choses-là, je me disais plutôt que j'étais bien chanceuse et que même si la tâche qui m'était offerte était vraiment très lourde et même si pour devenir officiellement permanente, je devais obligatoirement être à temps plein pour les 2 prochaines années, ce qui n'était pas tout à fait dans mes plans, je ne pouvais pas laisser passer une si belle occasion et que certaines tueraient (bon, peut-être pas « tueraient », mais bref) pour un poste STABLE qui promettait stabilité (euh, oui stable-stabilité, c'est redondant) pour moi-même et ma famille et que s'il y avait plein de mamans qui travaillaient à temps plein, j'étais bien capable moi aussi (d'ailleurs, je l'avais fait il y a deux ans alors que Mister Ma n'avait pas encore un an et j'avais survécu). Bref, j'ai dit oui, tout le monde était content.
Fidèle à moi-même, je me suis donnée à fond, pas plus, pas moins que d'habitude, mais la réalité, elle, m'a rattrapée assez vite. Ça a commencé par quelques récréations où je me dépêchais à faire des photocopies, aider des élèves, répondre à des questions, des courriels, des mots de parents. J'aurais gagné le titre de Reine du multi-tasking haut la main dans un concours Miss Univers Multi-tasking. Bref. Puis, il y a eu les dîners que je n'ai pas pu prendre. Quelques-uns par semaine, puis 4, puis 5. Les soirs à rester toujours un peu plus tard. La planification et la correction chez moi jusqu'à 11 heures et demi, alors que toute la maisonnée dormait depuis belle lurette. Je me demandais combien d'heures par semaine de plus je devais faire pour arriver? 5-10-15? J'ai commencé à me sentir poche. À me dire que je devais manquer d'organisation, que quelque chose clochait, à me sentir coupable si je jasais trop longtemps dans le corridor alors qu'il y avait tant à faire, à me dire que ça devait être parce que je manquais d'expérience malgré mes 6 ans d'enseignement. Je me suis mise à me remettre en question, angoisser, me questionner de plus belle.
Heureusement, il y avait les collègues. Oui, eux aussi ils étaient débordés, eux aussi trouvaient que la tâche était plus lourde que jamais et eux aussi, ils étaient pour la plupart cernés jusqu'aux coudes au début octobre (bon, ça se peut ne pas vraiment être cernés jusqu'aux coudes, mais je veux VRAIMENT que vous visualisiez les cernes, là). Je me suis sentie un peu mieux, mais pas tant que ça. La cerise sur le sundae fut les bulletins (nouveaux, encore une fois, merci au Ministère...je crois que pour moi, c'est 6 en 6...6 bulletins différents dans les 6 dernières années...mais bon, c'est une autre histoire). La frénésie de correction pour respecter l'échéancier devancé et impossible. Les visages étaient longs, fatigués, les mèches courtes et je ne faisais pas exception.
Cette semaine là, je ne suis pas certaine d'avoir mangé, ni d'avoir dormi plus de quelques heures au total, ni même d'avoir eu le temps de me peigner les cheveux, malgré que ça, c'est pas mal en général, mais bon, pas de ma faute si mes cheveux sont rebelles. Je me suis couchée aux petites heures trois soirs de suite, travaillant le lendemain en ayant l'impression d'avoir viré une brosse le soir d'avant. Je me disais: ça va finir, les bulletins vont être envoyés, tu vas survivre. SMILE. SHUT UP. AND KEEP GOING. Chaque jour, il y avait des petits amis qui attendaient après moi. Que j'aie une heure ou 12 heures de sommeil dans le corps, ils avaient droit à une bonne prof. Je me DEVAIS d'être à la hauteur.
Finalement, j'ai pris un congé une journée, incapable de mettre un pied devant l'autre, me disant que ça aiderait.
Les bulletins, les réunions de parents, la première étape sont passés, mais mon niveau de stress, lui, n’a pas baissé. Sont venus les maux de têtes, l'insomnie, l'anxiété, l'impatience à la maison, le mal de dents (oui, moi quand je suis fatiguée, j'ai mal aux dents, c'est génétique, ma mère aussi est comme ça...).
Et puis un samedi soir à 18heures, je me suis mise à pleurer parce que le lendemain, c'était dimanche et après, ce serait lundi (quand même, je suis bonne dans mes jours de semaine les amis) et je serais obligée d'aller travailler. Je me trouvais niaiseuse, mais c'était plus fort que moi. Monsieur B, lui, me regardait sans savoir quoi faire. Les petits se demandaient pourquoi je pleurais en plein souper du samedi. ... Pour RIEN. Maman est correcte, je suis juste fatiguée. Je vais être CORRECT-E. Parce que je ne suis pas faible, parce que je ne suis pas quelqu'un qui s'écoute ou qui s'apitoie, parce que si tout le monde est capable, je suis capable moi aussi. Bon-E.
Mais vient un temps, ou plus rien de suit. J'ai commencé à être malade avant d'aller travailler. Je vous épargne les détails, mais malade pour vrai. Genre enfermée-dans-les-toilettes-malade. De stress.
Je me suis mise à pleurer en cachette en m'enfermant dans ma classe. Et puis à pleurer pas tant en cachette, parce que je ne pouvais pas m'en empêcher.
Finalement, un matin, je me suis dit que ça n'avait plus de sens. J’ai pris tout mon courage, j'ai marché jusqu'à l'école et j'ai demandé à ma directrice de prendre quelques minutes pour parler. Malheureusement, elle n'avait pas de temps, (elle est débordée, elle aussi). J'ai éclaté en sanglots dans le corridor, j'ai été rescapé par un collègue qui a su trouver les mots justes, qui a écouté, conseillé et qui m'a dit: "Call your doctor. Take a break. Go fill your cup. Come back to us when you are better."
En d'autres mots, va-t’en chez vous te refaire une santé.
À la fin de cette journée, j'ai pu voir la directrice. Ma journée avait été pas si mal en tout. J'avais le moral non plus dans les talons, mais peut-être aux genoux, mettons. J'ai dit que je n'en pouvais plus, que c'était trop. On a regardé les options. Je me suis dit que s'ils m'enlevaient juste, disons un groupe (j'en ai 6), je pourrais reprendre le dessus. Je me berçais d'illusions, c'est certain, mais bon je n’allais pas dire: "Euh, oui, j'veux m'en aller chez nous".Pffff...tsé...j'aurais eu l'air de quoi là?!
On a convenu d'alléger ma tâche un peu.
Puis j'ai rencontré le médecin. Je lui ai raconté en gros. Je lui ai dit (en me croyant là) que j'étais encore capable, mais que j'avais besoin d'un papier pour une diminution de tâche. Elle a dit que j'avais un trouble d'adaptation-je-sais-plus-quoi. Ça doit être un terme politiquement-correcte pour burn-out. Elle a été super et elle a dit de la rappeler quand les gens à la commission scolaire prendrait sa décision, parce qu'ils étaient un peu difficiles habituellement. Elle en voyait toutes les semaines, des profs-à-bout. Ça la désolait et elle trouvait les commissions scolaire pas trop accommodantes.
Le soir même, j'ai écrit ma lettre pour les ressources humaines et le lendemain, 8heures, tout était faxé, courriellé, posté, etc.
La vie elle, continuait. Mes journées remplies aussi. Après 4 jours, je n'avais eu aucune nouvelles. Ils étaient supers occupés, eux aussi. Moi, je n'allais pas de mieux en mieux. Je me suis cassée une dent à force de me serrer la mâchoire de stress (c'est pas des blagues).
L'attente a été le clou dans le cercueil.
L'administration de l'école a fait son possible. La madame de la commission scolaire aussi. Mais quand j'ai finalement eu une réponse, une diminution de tâche ne suffisait plus. J'étais au bout de mon rouleau comme on dit. Et j'avais l'impression que ce rouleau, je le déroulais depuis 10000 ans...genre le rouleau de Saran-wrap-du Costco-qui-n'a-pas-de-fin.
Je suis en arrêt de travail jusqu'au retour des fêtes. Si on me disait aujourd'hui, vas-tu être capable de retourner en janvier? J'éclaterais fort probablement en sanglots. Mmmm. Non. Pas pantoute. Mais c'est ce qui est prévu et peut-être que dans quelques semaines, j'irai mieux.
Si j'écris tout ça, ce n’est pas pour me plaindre ou me faire plaindre. Je n'en veux pas à personne et je n'ai personne à blâmer sinon moi-même, parce que je n'ai pas su m'écouter et m'arrêter. (Pas trop habituées à ça, nous les mamans, ou même les filles en général han?)C'est parce que ces choses-là, on n'en parle pas. Et quand on les vit, on se sent comme le pire looser de l'univers. Genre avec un gros L clignotant rouge dans le front. On se sent seul. Et la pire chose qu'on fait, c'est de se comparer. "Elle aussi a 3 enfants, elle est capable, qu'est-ce que j'ai de pas normal moi?" "Wow, elle, elle travaille à temps plein, fait du sport et elle a l'air sereine....Je dois faire quelque chose de pas correct"
Ma vie, elle est belle. J'ai un mari super, des enfants supers (drôles), une maison super, une famille super, des amis supers. Notre vie sociale est enviable, on manque de rien, on peut même se payer des petits luxes, on voyage, on rit, on est heureux. J'ai une tête sur les épaules, je suis éduquée, j'ai eu des parents formidables. Qu'est-ce que j'ai à me plaindre? Qu'est-ce que j'ai à être brûlée. Je ne sais pas. La réalité, c'est que même si je le voulais, je ne suis pas invincible. Faut l'accepter et faut arrêter de s'auto-flageller. Plus facile à dire qu'à faire. Je ne suis pas rendue là. J'en suis encore à l'étape de m'auto-traiter de loque parce que je me fatigue comme si j'avais une mononucléose aiguë. À me sentir coupable parce que j'envoie le petit dernier à la garderie alors que je pourrais faire de la pâte à modeler toute la journée et peut-être aussi faire le tri des bacs qui envahissent le garage et que ce serait VRAIMENT PLUSSE PRODUCTIF que de rester assise à rien foutre.
ET si j'avais une jambe cassée?? Je resterais assise toute la journée à ne rien faire. J'aurais mal et tout le monde signerait mon plâtre, et JAMAIS je ne me demanderais ce que les autres pensent du fait que je sois chez moi, payée par mon assurance. S'ils me jugent, genre. S'ils disent que j'ai des vacances payées. Ils ne le disent peut-être pas. Et je ne sais pas trop qui sont «ils » et s'ILS valent la peine que je m'en fasse, mais bref. J'y pense quand même. C'est dans la nature humaine. La mienne en-tout-cas. La majorité de la vôtre, j'en suis PAS MAL CERTAINE. Surtout si vous êtres de sexe féminin...Il y en a qui se reconnaissent?
Mais quand tu es à la maison en arrêt de travail parce que tu es épuisée, tu n'as pas de plâtre à faire signer, pas de bobo apparent et t'as pas mal nulle part non plus. Mais tu es aussi limitée, que si tu avais une jambe dans le plâtre. Faque c'est comme, disons, avoir la jambe cassée en ayant honte. Quoi? Vous dites que ça se peut pas avoir honte de s'être cassé la jambe? (ben admettons se casser la jambe, en glissant sur une pelure de banane ou en roulant sur un raisin...c'est un peu honteux quand même)...
Je sais qu'il y en a beaucoup qui sont à bout et qui endurent. Soyons honnêtes, je sais aussi que je ne suis pas la seule qui s'est dit "J'en peux plus" et qui se sent poche et ne s'assume pas. Je sais aussi, que je vais survivre et que je ne suis pas en phase terminale de rien. Mais quand on est à bout, on est à bout. Et je m'adresse plus principalement à mes compatriotes féminines. Il ne faut pas prendre ça à la légère et il faut s'en parler. Et on ne gagne pas de prix, si on travaille à s'épuiser. Le concours de Miss Superwoman Univers n'existe pas (ni celui de Miss Univers multitasking, mais avouez que la compétition serait f-é-r-o-c-e!!!)
On n’est pas des superwomen les filles. Ça l'air qu'il faut apprendre à vivre avec.
Ces temps-ci, c'est mon activité principale. Ça et essayer de ne rien faire. Ou encore de faire juste des choses qui me tentent. Prendre du temps pour moi. M'endormir sur le divan. Serrer mon petit bébé Mister Ma dans mes bras jusqu'à ce qu'il gigote parce qu'il a d'autres chats à fouetter, rire avec Mini B, écouter la Fée jouer du piano. Profiter, quoi. Et me battre contre mes sentiments de nullité. Et essayer de trouver au moins 5 choses positives par jour qui me rendent et rendent ma vie meilleure pendant ce congé forcé.
Je fais le bilan et je reviens avec ma liste officielle des derniers jours.